Quelque chose a changé en France dans le regard porté sur les juges. Il leur est reproché de s'ingérer dans le processus électoral (voir les affaires Fillon, Le Pen ou Dati) et de se montrer trop sévères avec les élus...mais aussi d'être trop laxistes avec les délinquants ordinaires. Quoique factuellement faux, ces deux discours prospèrent dans l'espace public, bien souvent portés par les mêmes personnalités politiques.À travers eux, c'est notre rapport à l'État de droit qui est remis en cause, ouvrant la voie à un révisionnisme juridique antidémocratique.
Si les juges n'ont jamais eu autant de liberté pour juger, c'est en raison d'une série de mutations dans notre droit (disparition des instructions individuelles, enrichissement du corpus des droits fondamentaux, ouverture de nouvelles voies de recours...). Et c'est bien cette situation nouvelle d'indépendance, d'extension des moyens juridiques et d'alliance entre le juge et le citoyen qui est insupportable aux populistes.
Ce livre explore les conditions d'émergence de chacun de ces deux discours, précise les principes démocratiques qu'ils mettent en cause et contextualise le déploiement d'un populisme judiciaire assumé et brutal, qui met enmise en scène un affrontement fantasmé entre le juge et le peuple.
- - - - - - -
L'autrice : Magali Lafourcade est magistrate, actuellement secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH). Elle enseigne à SciencesPo et dirige une session de formation continue à l'École nationale de la magistrature. En 2025, elle a publié Démasculiniser la justice (Les petits matins) et Les Droits de l'homme (PUF, " Que sais-je ? ").